L'Exquise Nouvelle :: Saison 2

Scène de départ : Une pièce. Autour d’une table, sept nains noirs. Sur cette table, le corps sans vie de Blanche. Tous les yeux sont rivés sur Armand Leprince qui vient de s’exclamer : « L’assassin est dans ces murs ! »

Armand Leprince lâcha ces mots comme un crachat dans un bœuf bourguignon. Écœurés, les sept nains noirs assis à table eurent un mouvement de recul. À portée de leurs mains reposait depuis peu le corps sans vie de Blanche.

- Mais non, c’est impossible ! Essaie de l’embrasser, comme la dernière fois !
- Simplet, son cœur ne bat plus. Elle… Elle est morte. Tu comprends ? Morte. Cette fois, la méchante reine a réussi. Mais avec cette tempête, son garde-chasse ne peut être bien loin…

Le ciel approuva d’un tonnerre. Débile et Crétin hochèrent la tête, songeurs.

- Par pitié, descendons son corps dans sa chambre. Je n’en peux plus de la voir allongée là !

Les nains emportèrent le corps. Tous pleuraient à gros bouillons, le menton en l’air, tels des loups gémissant leur malheur à la lune. Aussi, aucun ne remarqua, dans leur dos, la tête de Blanche heurtant chaque marche avec un bruit mat.

Lorsque la porte coincée en bas de l’escalier grinça, un souterrain de poussière apparut à la lueur d’une bougie. De toutes parts : des balais, des seaux, des chiffons. Et sous une étagère de détergents : un amas de paille sur lequel Blanche retrouva sa place lourdement.

- Croâ ! fit le corbeau qui surveillait les lieux.

À nouveau dans le salon, les nains tinrent conciliabule…

- Qui se dévoue pour faire à manger ? Moi, en tout cas, il me faut un remontant !

Idiot attaqua sa bouteille au goulot. Soudain Armand surgit d’un claquement de porte, le brushing en serpillère et le jabot en lambeaux.

- C’est bien ce que je disais. Impossible que l’assassin se soit enfui. Avec cette tempête, on n’y voit rien à un mètre. Il faut fouiller toute la chaumière et… Idiot !!!!!

Foudroyé après trois gorgées, Idiot, avec une grimace horrible, creva en quelques convulsions.

- Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Mais qu’est-ce qu’il se passe, ici ! QU’EST QU’IL SE PASSE, ICI ?

Abruti avait hurlé, une main sur chaque oreille puis, le diable aux fesses, il détala. Évidemment, étant donné la taille de ses mollets, cela pris un certain temps.

L’assassin ouvrit lentement les yeux, massa son cuir chevelu d’une main engourdie. Bien. Très bien. Tout se déroulait comme prévu. Il était temps de passer à la suite.

Les nains empoignèrent le corps d’Idiot et attaquèrent l’escalier jusqu’à la mansarde où s’alignaient leurs sept petits lits. Mais un simple regard à la pièce suffit à les pétrifier d’horreur. Abruti était allongé sur sa couche, mort. Son visage s’était figé dans un dernier souffle qui n’avait pas eu l’air de lui déplaire. Un balai était enfoncé d’environ vingt centimètres entre ses fesses…

- Vous faites ce que vous voulez, mais moi, je me casse.
- Impossible. Tu ne pourras aller nulle part avec cette tempête, Stupide !
- Eh bien je partirai demain matin. Vous ne voyez pas ce qu’il se passe ? La méchante reine a décidé de tous nous exterminer !
- Stupide, tu es une raclure ! Laisser le meurtre de mon amour impuni !
- Ton amour ? C’est la meilleure ! Ça fait quatre ans que Blanche attend que vous emménagiez ensemble ! Toujours tu vas, tu viens, tu amènes ton linge sale et tu promets !

Le tonnerre gronda et le silence se fit.

Sous l’escalier, un sourire se dessina.

Non. Personne ne s’enfuirait demain matin…

Blanche nota mentalement : celui qui demandait à boire au milieu de la nuit, fait. Celui qui réclamait qu’elle balaye en jetant ses miettes au sol, fait.

Le prochain serait Imbécile et sa foutue manie d’exiger une vaisselle étincelante. Un joli sourire redessiné avec un morceau de verre fendu, voilà ce qui l’attendait. Puis ce serait le tour de Crétin qui l’obligeait à repasser ses mouchoirs. Elle lui aplatirait les bijoux à la centrale vapeur. Tous y passeraient jusqu’à Armand, ce très cher Armand qui se targue d’un amour si pur alors que tout le monde sait bien qu’il reluque Boucle d’Or quand elle se baigne dans le ruisseau des quatre senteurs ! Pour lui, Blanche voulait un beau suicide, le pousser à se pendre, à bout de nerfs, après avoir retrouvé morts ses acolytes.

Un par un…

Dehors, la tempête hurla. Dire que Blanche avait imité la mort grâce à la même potion que Juliette Capulet… Quelle ironie ! Oui. Elle offrirait à tous une nuit d’amour à leur hauteur.

Annabelle LénaAnnabelle Léna
Annabelle Léna est née en juillet 1979 à Marseille. Elle grandit à la campagne où, à l’abri d’un saule pleureur, elle s’assoie et rêve des heures. Après des études bien ennuyeuses, elle devient contrôleur de gestion mais trop d’histoires se bousculent dans sa tête en réclamant à sortir. Annabelle se fâche alors avec les chiffres pour acheter un stylo quatre couleurs et écrire. Écrire, encore écrire. Elle fait ainsi la fortune de certaines papeteries et remplit ses tiroirs de feuillets fiévreusement raturés.

Très vite, elle est publiée en revue. Puis elle décide de se consacrer à l’écriture de son premier roman « À tort ou à raison » qui s’inscrit au catalogue d’Eastern Éditions en février 2011.

Annabelle habite désormais Gardanne, entourée de ses histoires et de ses lectures. Plus les années passent, plus elle parle à ses chats mais à part ça, vous verrez, c’est quelqu’un de très fréquentable. Elle a envahi le net via un blog et sera votre amie sur Facebook, si vous le lui demandez gentiment.

Anabelle Léna - A tort ou à raisonA tort ou à raison
(Eastern Éditions)
Plus qu’un thriller, une course effrénée entre folie et criminalité.

Dans la campagne paisible des Papillons Fleuris, des malfrats sans scrupules préparent la prise d’otages du siècle.

Leur cible : un entrepôt.

Leur méthode : exiger la libération de compatriotes retenus à l’étranger et pirater le système informatique de la société mère, sans éveiller les soupçons.

Au bout de la course : la fortune.

L’intrusion est féroce. Les otages basculent dans l’horreur. Des jeux de pouvoir grondent entre forces de l’ordre et bandits. Une femme étrange est coincée dans ce cauchemar. Son corps et son esprit doivent s’adapter pour survivre. Prendre le parti de ses ravisseurs ? Pourquoi pas, si cela permet d’éviter le bain de sang… Mais peut-on réellement échapper à la folie, en devenant l’intime de son ennemi ?

130 pages pour comprendre ce qui fait basculer le cerveau d’un être humain, lorsqu’il n’a plus d’autres choix, que de baisser les bras.

Mais, il faut se demander si la résignation vaut réellement consentement, dans un monde où les horreurs se succèdent à nos yeux ?

Blog : www.annabellelena.com

19 commentaires à ce jour.

  1. Stéphanie Bohler dit :

    La plume d’une femme ! On aurait pensé à plus d’élégance …. mais c’est encore plus tordant !! Et plus vicieux ! J’AIME !!!!

  2. Francine dit :

    Admiration ! Belle vengeance de Blanche et surtout très visuelle !!!!

  3. nicole dit :

    MDR !! Tout d’un coup je la trouve bien moins sympa la Blanche neige !! et a l’instar de mes petits camardes, le sort de Crétin…on imagine pas combien une centrale vapeur peut être une arme redoutable ^-^
    Attention messieurs, surveillez bien les centrales vapeur de vos épouses, on ne sait jamais hihihi

  4. Karine dit :

    Ele m’enerve cette nana, elle est belle, elle est intelligente, et en plus elle a du talent…pff, moi, quand je serais grande, j’veux être Annabelle Léna, NA !

  5. Delph dit :

    Quelle imagination…Pauvre Crétin…j’ai mal pour lui!!!

  6. Hugues dit :

    Rien a voir avec la choucroute mais c’est normal que le bouton j’émeus de gougueule ait disparu de l’interface?

  7. Armèle MC dit :

    Elle assure, la Blanche-Rouge ! Je verrai ma centrale vapeur d’un autre oeil maintenant… ;-)

  8. Le boss à Robin et Alfred dit :

    Très très bon ! Je n’aime pas… Je surkiffe !!!

    Il ne manquait plus qu’un truc: Blanche en plein trip sous acide qui les extermine rageusement sans suivre son plan de base. ^_^

  9. Mosésu dit :

    Superbe!
    Mais les bijoux de famille écrasés par la centrale vapeur, ne serait ce point là la recette de la crêpe au vit nègre?

    On pourrai pas faire un concours du commentaire le plus foireux, parce que là, j’aurai des chances de gagner un truc…

  10. Mireille dit :

    Ahahah ! moi j’aime bien cette histoire…Foutus nains et débile de prince…bien fait :o ))

  11. Hugues dit :

    encore une fois du costaud!
    et en plus belle plume!
    je suis jaloux!

  12. Philippe dit :

    Belle réussite, et belle découverte.
    Le niveau reste haut et les variations vont sans doute encore nous donner de grands moments

  13. Frédéric Schweyer dit :

    Respect, M’dame ! Construire une intrigue cohérente dans un texte aussi court c’est un bel exploit. Pis l’histoire est marrante, ce qui ne gâche rien. :-) Joli coup !

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